Texts to 6 Chansons de Bilitis (#1-3, 10-12) by Pierre Louys:

I Chant pastoral
Il faut chanter un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d'été.
Je garde mon troupeau et Sélénis le sien, à l'ombre ronde d'un olivier qui tremble.
Sélénis est couchée sur le pré. Elle se lève et court, ou cherche des cigales,
ou cueille des fleurs avec des herbes, ou lave son visage dans l'eau fraîche du ruisseau.
Moi, j'arrache la laine au dos blond des moutons pour en garnir ma quenouille,
et je file. Les heures sont lentes. Un aigle passe dans le ciel.
L'ombre tourne: changeons de place la corbeille de figues et la jarre de lait.
Il faut chanter un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d'été.

English Translation:
Let us sing a pastoral song honoring Pan, god of the wind of summer!
Selenis and I watch our flocks under the round shadow of a trembling olive tree.
She lies on the embankment of the meadow or runs and looks for grasshoppers
or plucks flowers with herbs or bathes her face in the cool water of the brook.
I arrange in a row on my distaff the wool drawn from the backs of the sheep...
The hours pass slowly.... An eagle passes in the sky.
The shadow turns and we move the basket of flowers and jar of milk.
Let us sing a pastoral song honoring Pan, god of the wind of summer!

II Les Comparaisons
Bergeronnette, oiseau de Kypris, chante avec nos premiers désirs !
Le corps nouveau des jeunes filles se couvre de fleurs comme la terre.
La nuit de tous nos rêves approche et nous en parlons entre nous.
Parfois, nous comparons ensemble nos beautés si différentes,
nos chevelures déjà longues, nos jeunes seins encore petits,
nos pubertés rondes comme des cailles et blotties sous la plume naissante.
Hier je luttai de la sorte contre Melanthô mon aînée. Elle était fière de sa poitrine
qui venait de croître en un mois, et, montrant ma tunique droite, elle m'avait appelée:
Petite enfant.
Pas un homme ne pouvait nous voir, nous nous mîmes nues devant les filles, et,
si elle vainquit sur un point, je l'emportai de loin sur les autres. Bergeronnette,
oiseau de Kypris, chante avec nos premiers désirs!

English Translation:
Sparrow bird of Cyprus, sing with our first desires!
The fresh bodies of young girls bloom like the flowers of the earth.
The night of our dream approaches and we talk about it among ourselves.
Sometimes we all compare the differences in our beauty,
our hair that is already long and our smooth young breasts.
Yesterday I competed with Melanthra who is older than I.
She was proud of her breasts which had grown in a month
and pointing to my flat tunic she called me, "little child."
Since no men were near, we compared ourselves naked before the other girls.
Though she won on that point, I far surpassed her on all others.
Sparrow bird of Cyprus, sing with our first desires!

III Les contes
Je suis aimée des petits enfants; dès qu'ils me voient, ils courent à moi,
et s'accrochent à ma tunique et prennent mes jambes dans leurs petits bras.
S'ils ont cueilli des fleurs, ils me les donnent toutes ;
s'ils ont pris un scarabée ils le mettent dans ma main;
s'ils n'ont rien ils me caressent et me font asseoir devant eux.
Alors ils m'embrassent sur la joue, ils posent leurs têtes sur mes seins ;
ils me supplient avec les yeux. Je sais bien ce que cela veut dire.
Cela veut dire: "Bilitis chérie, dis-nous, car nous sommes gentils,
l'histoire du héros Perseus ou la mort de la petite Hellé."

English Translation:
The little children love me.
When they see me they run to me and cling to my tunic or grasp my leg in their little arms.
If they have flowers, they give them all to me. If they have caught a beetle, they put it in my hand.
If they have nothing, they sit in front of me and rest their heads upon my breast.
They look at me with adoring eyes and I know what they are thinking. They wish to say to me
"Lovely Bilitis, if we are quiet, tell us the story of the hero Perseus or of little Helena."

X La Danseuse aux crotales
Tu attaches à tes mains légères tes crotales retentissants, Myrrhinidion ma chérie,
et à peine nue hors de la robe, tu étires tes membres nerveux.
Que tu es jolie, les bras en l'air, les reins arqués et les seins rouges!
Tu commences : tes pieds l'un devant l'autre se posent,hésitent, et glissent mollement.
Ton corps se plie comme une écharpe, tu caresses ta peau qui frissonne,
et la volupté inonde tes longs yeux évanouis.
Tout à coup, tu claques des crotales !
Cambre-toi sur tes pieds dressés, secoue les reins,
lance les jambes et que tes mains pleines de fracas appellent
tous les désirs en bande autour de ton corps tournoyant !
Nous applaudissons à grands cris, soit que, souriant sur l'épaule,
tu agites d'un frémissement ta croupe convulsive et musclée,
soit que tu ondules presque étendue, au rythme de tes souvenirs.

English Translation:
You wear on your little hand the resounding crotales - Myrhinidion my dear!
Stepping naked from your robe, you extend a nervous limb.How pretty you are!
Your arms in the air, hips arched, and breasts reddened.
You begin with one foot before the other, pose, hesitate, then glide softly.
Your body bends like a caressed reed.
Your shivering skin and voluptuousness inundate your longing eyes.
Suddenly, you strike the crotales, arch your back erect on your feet; your loins shudder,
throwing your legs out, letting the clamoring hands
call all desires in a ring around your turning body.
We applaud with great cheers when, smiling over your shoulder,]you agitate with a shiver
and convulse where touched; a wavelike motion extends the rhythm of your memories.

XI Le Souvenir de Mnasidika
Elles dansaient l'une devant l'autre, d'un mouvement rapide et fuyant;
elles semblaient toujours vouloir s'enlacer, et pourtant ne se touchaient point,
si ce n'est du bout des lèvres.
Quand elles tournaient le dos en dansant, elles se regardaient, la tête sur l'épaule,
et la sueur brillait sous leurs bras levés, et leurs chevelures fines passaient devant leurs seins.
La langueur des leurs yeux, le feu de leurs joues,
la gravité de leurs visages, étaient trois chansons ardentes.
Elles se frôlaient furtivement, elles pliaient leurs corps sur les hanches.
Et tout à coup, elles sont tombées, pour achever à terre la danse molle...
Souvenir de Mnasidika, c'est alors que tu m'apparus,
et tout, hors ta chère image, me fut importun.

English Translation:
They danced before one another with rapid, flying movements.
They seemed to want to embrace, yet did not touch unless with the tips of their lips.
When they turned their backs to us during the dance they looked at each other.
Head upn shoulder, perspiration gleaming under their uplifted arms and their delicate hair
gliding across their breasts. The longing in their eyes, the fire in their cheeks, their taut faces
were three ardent psalms. they arched their bodies over their hips and suddenly
fell to finish the dance upon the ground. Remember, Mnasidia, it was then that you came to me.

XII La pluie au matin
La nuit s'éfface. Les étoiles s'éloignent.
Voici que les dernières courtisanes sont rentrées avec les amants.
Et moi, dans la pluie du matin, j'écris ces vers sur le sable.
Les feuilles sont chargées d'eau brillante.
Des ruisseaux à travers les sentiers entraînent la terre et les feuilles mortes.
La pluie, goutte à goutte, fait des trous dans ma chanson.
Oh! que je suis triste et seule ici!
Les plus jeunes ne me regardent pas; les plus âgés m'ont oublieé.
C'est bien. Ils apprendront mes vers, et les enfants de leurs enfants.
Voilà ce que ni Myrtalê, ni Thaïs, ni Glykére ne se diront,
le jour où leurs belles joues seront creuses.
Ceux qui aimeront après moi chanteront mes strophes ensemble.

English Translation:
The night is gone. The stars are remote.
See, the last courtesans have returned with their lovers and in the rain of the morning,
I write these verses in the sand. The leaves are laden with brilliant water, the rivulets drag
along the earth and dead leaves across the path. The rain, drop by drop, makes holes in my song....
Oh how sad and alone I am here. the young ignore me - the old have forgotten me. It is well.
They will learn my verses, they and the children of their children. that is what neither
Myrtale nor Thais, nor Glikéra will say the day when their own lovely cheeks will be
wrinkled. You who will love after I am gone will sing my strophes together.